Certains netsuke se comprennent presque immédiatement.
Un animal au repos. Une seule figure. Un objet familier réduit à quelques centimètres.
Celui-ci demande un peu plus de temps.
Au premier regard, nous voyons deux figures sculptées très près l’une de l’autre. Dans la partie inférieure de la composition se trouve un samouraï. Au-dessus et derrière lui apparaît Hannya, penchée sur la scène et donnant immédiatement le sentiment que quelque chose est en train de se produire.
La description accompagnant la pièce identifie le moment comme Hannya surprenant le samouraï par derrière alors qu’il débarque.
Ce petit détail narratif change la manière dont on lit la sculpture.
Il ne s’agit pas simplement de deux figures placées côte à côte. C’est une scène.
Deux figures en seulement quelques centimètres
Le netsuke ne mesure que 4,3 × 3,5 × 3 cm.
C’est très peu d’espace pour placer deux personnages distincts, leurs vêtements, leurs gestes et la relation qui les unit.
La solution consiste à construire la sculpture verticalement.
Le samouraï occupe la partie inférieure du netsuke, tandis que Hannya s’élève derrière lui. Leurs corps se superposent visuellement, ce qui permet à la sculpture de rester compacte au lieu de s’étendre vers l’extérieur.
C’est l’un des aspects les plus intéressants de la pièce.
Vue à une certaine distance, les deux figures forment presque une seule silhouette. Ce n’est qu’en regardant plus attentivement que les personnages commencent à se distinguer l’un de l’autre.
La scène devient progressivement plus facile à lire.
Le samouraï au premier plan
Le samouraï est la première figure que l’on rencontre.
Il est placé dans la partie inférieure de la composition, le corps tourné à travers la base de la sculpture.
Les plis et les détails de ses vêtements permettent de distinguer sa silhouette de celle qui se trouve derrière lui, tandis que sa position donne à la scène une base visuelle claire.
La sculpture étant si petite, il reste très peu d’espace vide entre les deux personnages.
Le samouraï n’est donc pas simplement placé devant Hannya. Il fait partie de la même masse sculpturale compacte.
Cette proximité est importante pour la scène.
Elle rend la rencontre immédiate.
Hannya apparaissant par derrière
Au-dessus de lui se trouve Hannya.
La figure se penche sur le samouraï par derrière et occupe la partie supérieure de la sculpture.
Visuellement, c’est ce qui donne une grande partie de sa tension à la composition.
Le regard reconnaît d’abord la figure inférieure, puis se déplace naturellement vers le haut, vers le second visage et le second corps.
La position des deux figures est nettement différente, mais elles restent physiquement reliées au sein d’une même petite forme.
Le résultat est une scène étonnamment complexe pour un objet de quelques centimètres seulement.
Un netsuke qui se découvre sous plusieurs angles
L’un des plaisirs des netsuke figuratifs est qu’ils ne sont pas vraiment conçus pour être compris depuis un seul point de vue.
Une photographie nous donne une interprétation de la sculpture.
Tourner l’objet révélerait la manière dont les deux figures se rejoignent, où se termine un corps et où commence l’autre, comment la base a été finie et comment toute la composition a été comprimée dans un volume aussi réduit.
C’est particulièrement pertinent ici, car la base est décorée et la pièce est également signée.
Ces détails font de la face inférieure une partie intégrante de l’objet, et non un simple support.
Pour les collectionneurs qui aiment observer de près ces petites sculptures, c’est l’une des qualités qui rendent les netsuke japonais particulièrement intéressants.
Sculpté en ivoire
La pièce est sculptée en ivoire.
Dans cette composition, le même matériau sert à définir les deux personnages et leurs vêtements. Leur séparation dépend donc surtout de la sculpture, du relief et de l’agencement des formes plutôt que du contraste entre différents matériaux.
Cela rend la construction de la scène particulièrement importante.
Les visages, les vêtements et les corps qui se chevauchent doivent tous rester lisibles au sein d’une seule surface continue.
Même sur la photographie, on peut voir comment l’organisation verticale aide à éviter que la composition ne devienne confuse.
Les figures sont proches l’une de l’autre, mais leurs positions restent compréhensibles.
Un netsuke Meiji de la fin du XIXe siècle
La pièce est datée de la période Meiji, à la fin du XIXe siècle.
Plutôt que de chercher à construire une attribution plus large à partir de cette date, je pense qu’il est plus utile de rester fidèle à ce que l’objet lui-même nous donne.
Nous avons une petite sculpture en ivoire signée, deux figures, un moment narratif clairement défini et une base décorée.
C’est déjà beaucoup d’informations contenues dans un objet qui mesure à peine plus de quatre centimètres.
La signature et la base décorée
Le netsuke est signé.
Sans documentation supplémentaire permettant d’identifier le sculpteur, il ne serait pas approprié de transformer ce fait en attribution certaine.
La présence de la signature reste néanmoins une caractéristique importante enregistrée pour cette pièce.
Il en va de même pour la décoration de la base.
Avec les netsuke, la face inférieure peut être aussi intéressante que l’avant, car elle révèle souvent des détails qui disparaissent lorsque l’objet est regardé uniquement comme une petite sculpture posée verticalement.
C’est une pièce qui gagne vraiment à être examinée sous tous les angles.
Documentation
Le netsuke est accompagné d’un certificat d’expertise et d’une documentation CITES.
Cette documentation est particulièrement importante pour les objets réalisés en ivoire.
Elle doit toutefois être distinguée des exigences légales pouvant s’appliquer lorsqu’un objet franchit une frontière. Les règles d’importation, d’exportation, de possession et de transport peuvent varier selon le pays de destination ; ces exigences doivent donc être vérifiées séparément.
Pourquoi cette pièce retient l’attention
Ce que je trouve intéressant dans ce netsuke n’est pas simplement la présence de Hannya ou du samouraï.
C’est la manière dont les deux ont été imbriqués.
Toute la scène repose sur la proximité.
Le samouraï est en bas.
Hannya apparaît immédiatement derrière lui.
Les figures se chevauchent.
La composition s’élève verticalement.
Et tout cela a été comprimé dans 4,3 × 3,5 × 3 cm.
Vue de face, la pièce ressemble d’abord à un groupe dense de formes sculptées.
Puis la scène commence à s’ouvrir.
Un visage apparaît.
Puis une autre figure.
Puis la relation entre les deux.
Cette découverte progressive fait partie de ce qui rend les petits netsuke figuratifs si agréables à examiner.
Pour les lecteurs souhaitant une introduction plus générale à ces objets, notre guide Qu’est-ce qu’un Netsuke ? explique leur fonction historique et leur évolution dans la culture matérielle japonaise.
Cet exemple particulier fait quelque chose d’assez simple mais efficace : il prend un moment impliquant deux personnages et le condense dans un objet suffisamment petit pour tenir dans la paume de la main.
Et plus on regarde de près, plus la scène devient claire.


