Description
Tsuba en fer de l’époque Edo par Sōten – Bataille de Dan-no-ura | Tokubetsu Kichō
Japon · Époque Edo · École de Hikone · Fer (Tetsuji) · Nikubori Ji-sukashi · Nunome-zōgan d’or et d’argent · Signée Sōten · NBTHK Tokubetsu Kichō
Une exceptionnelle tsuba japonaise en fer de l’époque Edo, signée par Sōheishi Nyūdō Sōten (藻柄子入道宗典) de Hikone, dans la province d’Ōmi, et représentant la célèbre bataille de Dan-no-ura (壇之浦の戦い), l’affrontement naval décisif qui mit un terme dramatique à la guerre de Genpei en 1185.
Travaillée sur un fond sombre de tetsuji dans un remarquable nikubori ji-sukashi, la garde associe un relief profondément modelé, d’importantes zones ajourées et des incrustations subsistantes de nunome-zōgan en or et en argent. Guerriers, chevaux, embarcations, vagues et reliefs montagneux sont condensés dans une composition narrative d’une extraordinaire densité autour du nakago-ana central.
La patine sombre du fer constitue un puissant fond visuel pour les décors d’or et d’argent encore conservés, qui soulignent les armures, casques, vêtements, armes et détails de la mer agitée. L’ensemble est particulièrement caractéristique de la riche tradition narrative du travail du métal associée à l’école de Hikone Sōten.
La Bataille de Dan-no-ura
Le sujet représenté est la bataille de Dan-no-ura, livrée en 1185 entre les clans rivaux Minamoto (Genji) et Taira (Heike) durant la phase finale de la guerre de Genpei.
L’affrontement naval se solda par une victoire décisive des Minamoto et par l’effondrement du pouvoir des Taira. Parmi les épisodes les plus célèbres associés à la bataille figure la mort du jeune empereur Antoku, qui se noya avec des membres de la maison Taira lorsque la défaite devint inévitable.
La bataille devint par la suite l’un des grands sujets narratifs de la culture guerrière japonaise, immortalisé dans la littérature et les arts visuels, notamment à travers les traditions liées au Heike Monogatari.
Une Composition Narrative en Fer
Toute la surface de la tsuba fonctionne presque comme une peinture historique miniature transposée dans le métal.
La composition se développe autour du nakago-ana central et s’organise sur plusieurs plans interconnectés. Dans la partie supérieure apparaissent différents groupes de guerriers armés au sein d’un paysage côtier surélevé, leurs casques et leurs armures étant rehaussés par les restes de décoration dorée.
À gauche, une embarcation transportant plusieurs figures traverse les eaux agitées, ses occupants étant étroitement intégrés aux zones ajourées environnantes. Le bateau et les vagues établissent immédiatement le contexte maritime et relient directement le drame humain à la mer.
À droite, un imposant samouraï à cheval occupe une puissante position diagonale. Le cheval et son cavalier sont sculptés en relief prononcé, formant un contrepoids visuel particulièrement efficace à l’embarcation située de l’autre côté.
Le long de la partie inférieure, des vagues profondément sculptées traversent la composition. Un autre guerrier apparaît au milieu de l’eau, renforçant encore la sensation de chaos et de danger propre à la bataille navale.
Nikubori Ji-sukashi – Relief et Ajourage
La principale technique sculpturale est le nikubori ji-sukashi (肉彫地透), dans lequel le fer environnant est ajouré autour d’éléments substantiels sculptés en volume.
Plutôt que de simplement décorer une plaque plane, l’artiste a transformé le fer en un réseau continu de personnages, éléments de paysage, chevaux, embarcations et vagues. De larges zones sont entièrement percées, permettant à la lumière de traverser la composition et accentuant considérablement son impression de profondeur.
Cette technique se révèle particulièrement efficace pour une scène de bataille aussi complexe : certains guerriers semblent se projeter vers l’observateur, tandis que d’autres disparaissent partiellement derrière les armures, le terrain ou les vagues, créant plusieurs plans visuels dans les dimensions pourtant réduites de la garde.
Nunome-zōgan d’Or et d’Argent
La surface de fer est enrichie d’un important décor de nunome-zōgan en or et en argent, technique dans laquelle le fond métallique est préparé par de très fines incisions croisées avant l’application mécanique de minces feuilles de métal précieux.
Des traces de cette décoration demeurent particulièrement visibles sur les casques, les éléments d’armure, les vêtements, les armes ainsi que sur certaines parties du paysage et des vagues.
Le contraste entre la chaleur de l’or, les accents métalliques plus froids et le fond de fer assombri confère à la composition une grande partie de son intensité visuelle. Même dans les zones où une partie de l’incrustation originale s’est naturellement usée avec le temps, les décors subsistants continuent à individualiser les guerriers et les nombreux détails de cette scène particulièrement dense.
Sōten et la Tradition de Hikone
La tsuba porte l’inscription :
江州彦根住 藻柄子入道宗典 製
Gōshū Hikone-jū Sōheishi Nyūdō Sōten sei
« Réalisée par Sōheishi Nyūdō Sōten, résident de Hikone, dans la province d’Ōmi. »
Sōten (宗典) est étroitement associé à la célèbre tradition de Hikone dans le domaine des montures de sabre japonaises, développée dans la province d’Ōmi. Les œuvres rattachées à cette école sont particulièrement reconnaissables à leurs compositions narratives élaborées, leur fer densément sculpté, leurs importantes zones ajourées et l’emploi contrasté d’incrustations de métaux précieux et colorés.
Les batailles historiques, guerriers légendaires, sages chinois et paysages complexes peuplés de nombreuses figures constituaient des sujets particulièrement adaptés à cette approche hautement sculpturale.
La présente tsuba réunit ces caractéristiques avec une remarquable richesse : plusieurs figures humaines, un guerrier à cheval, une embarcation, la mer et le paysage sont intégrés dans une structure sculpturale unique et continue.
La Signature
La signature est profondément gravée dans le fer entourant le nakago-ana, devenant ainsi un élément visuel majeur de la composition plutôt qu’une inscription discrètement placée au revers.
L’inscription mentionne Hikone dans la province d’Ōmi et utilise le nom Sōheishi Nyūdō Sōten, une forme étroitement associée à la tradition de Hikone Sōten.
La documentation NBTHK accompagnant la pièce l’enregistre également comme une tsuba représentant Dan-no-ura et portant une signature de Sōten.
Certificat NBTHK Tokubetsu Kichō
La tsuba est accompagnée d’un ancien Ninteisho Tokubetsu Kichō (特別貴重) délivré par la Nihon Bijutsu Tōken Hozon Kyōkai (NBTHK).
Le certificat est daté du 20 juin Shōwa 55 (1980) et appartient à l’ancien système de certification de la NBTHK, antérieur aux classifications actuelles Hozon et Tokubetsu Hozon.
Le niveau Tokubetsu Kichō, généralement associé au célèbre « green paper » ou certificat vert, désignait dans cet ancien système un objet considéré comme particulièrement précieux.
Le certificat décrit l’œuvre comme :
Dan-no-ura zu tsuba, mei: Gōshū Hikone-jū Sōheishi Nyūdō Sōten saku — tetsuji, marugata, nikubori ji-sukashi, nunome-zōgan.
Soit :
« Tsuba représentant Dan-no-ura, signée Sōheishi Nyūdō Sōten, résident de Hikone dans la province d’Ōmi ; fond en fer, forme ronde, sculpture en relief ajourée et incrustations nunome-zōgan. »
Le document apporte ainsi un important soutien historique tant à l’identification du sujet qu’à l’attribution enregistrée sur la pièce signée.
Le Certificat de 1980
La date de 1980 situe ce certificat dans les dernières années du système historique Kichō de la NBTHK, avant l’introduction en 1982 des classifications modernes Hozon et Tokubetsu Hozon.
Le document possède donc également un intérêt historique en tant que témoignage du précédent système d’expertise et de certification de la NBTHK.
L’année 1980 fut par ailleurs importante dans l’histoire des expertises internationales de la NBTHK, puisqu’un remarquable shinsa fut organisé aux États-Unis cette année-là, où Tokubetsu Kichō constitua le niveau le plus élevé attribué. En l’absence de documentation établissant un lien direct entre ce certificat particulier et cette session américaine, il est néanmoins préférable de le présenter comme un authentique certificat Tokubetsu Kichō daté de 1980 plutôt que de l’attribuer spécifiquement au shinsa américain.
Intérêt Historique et Artistique
Cette tsuba réunit plusieurs caractéristiques particulièrement recherchées dans le domaine des montures de sabre japonaises : un important sujet de bataille historique, une signature de la tradition Hikone Sōten, un remarquable travail de relief et d’ajourage, d’importantes traces de décoration en métaux précieux et un ancien certificat NBTHK Tokubetsu Kichō.
La scène se révèle progressivement à mesure que l’on examine la pièce. Les principaux guerriers attirent d’abord le regard, puis apparaissent peu à peu l’embarcation, les combattants montés, les personnages partiellement dissimulés, les eaux tourbillonnantes et le vaste réseau de petits détails en or et en argent.
Sur seulement quelques centimètres, l’artiste a créé une image narrative d’une ambition remarquable, transformant une garde de sabre fonctionnelle en représentation miniature de l’un des épisodes déterminants de l’histoire militaire du Japon médiéval.
Caractéristiques
- Objet : Tsuba japonaise
- Forme : Maru-gata
- Sujet : Bataille de Dan-no-ura (壇之浦の戦い)
- Sujet historique : Bataille navale finale de la guerre de Genpei, 1185
- Période : Époque Edo
- Origine : Japon
- École / Tradition : Hikone Sōten
- Matériau : Fer (tetsuji)
- Technique : Nikubori ji-sukashi, sculpture en relief et ajourage
- Incrustations : Nunome-zōgan en or et en argent
- Signature : 江州彦根住 藻柄子入道宗典 製
- Lecture : Gōshū Hikone-jū Sōheishi Nyūdō Sōten sei
- Certificat : NBTHK Tokubetsu Kichō Ninteisho
- Date du certificat : 20 juin 1980 (Shōwa 55)
- Référence du certificat : Dan-no-ura zu tsuba, signée Sōten
- Dimensions : 7,7 × 7 × 2 cm
Une exceptionnelle tsuba en fer de l’époque Edo représentant la bataille de Dan-no-ura et signée Gōshū Hikone-jū Sōheishi Nyūdō Sōten sei. Guerriers, samouraïs à cheval, embarcation et vagues tumultueuses sont sculptés dans un remarquable nikubori ji-sukashi et enrichis de vestiges de nunome-zōgan en or et en argent sur un fond de fer sombre. Accompagnée d’un certificat NBTHK Tokubetsu Kichō daté de 1980, cette pièce associe narration historique spectaculaire, raffinement du travail du métal de Hikone et important intérêt documentaire.
















