Le bleu de Prusse dans l’ukiyo-e : pigment, palette et estampes bleues

Le bleu de Prusse dans l’ukiyo-e soulève une question à laquelle une photographie seule ne peut répondre : décrit-on un pigment, une palette ou un style d’estampe ? Les recherches des musées montrent que les imprimeurs japonais pouvaient combiner plusieurs matières colorantes bleues, tandis que les compositions centrées sur le bleu développaient leur propre caractère visuel. Comprendre cette différence aide les collectionneurs à décrire ce qu’ils voient sans supposer que toutes les zones bleues ont la même matière ou la même signification.

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Un pigment n’est pas une palette

Le bleu d’une estampe japonaise peut désigner plusieurs choses : la matière colorante, l’aspect de l’image entière ou la manière dont l’imprimeur a fait varier les tons. Distinguer ces éléments rend les descriptions plus utiles. Le National Museum of Asian Art explique que les créateurs d’estampes japonais utilisaient des bleus d’origine végétale, notamment l’indigo et la comméline, ainsi que le bleu de Prusse, une matière colorante synthétique. Le bleu seul ne permet donc pas d’identifier un pigment particulier.

Le bleu de Prusse et l’indigo ne sont pas des noms interchangeables. L’un désigne une matière synthétique ; l’autre peut désigner un colorant d’origine végétale. Une zone d’un bleu intense ne signifie pas nécessairement qu’une seule matière colorante a été utilisée. Les recherches des musées offrent un exemple particulièrement clair de cette distinction.

Ce que révèle La Grande Vague de Hokusai

Dans son étude de La Grande Vague, le Metropolitan Museum of Art indique que les imprimeurs ont combiné le bleu de Prusse et l’indigo. L’examen spectroscopique a identifié un mélange dans les contours sombres. Les imprimeurs ont ensuite appliqué du bleu de Prusse sur une zone déjà imprimée pour obtenir un bleu plus profond tout en conservant son intensité. Le contraste résultait de choix de matières et d’impressions successives, plutôt que du simple choix d’un pigment plus foncé.

Ce constat concerne une estampe documentée et un procédé d’impression étudié. Il ne faut pas en faire une recette supposée pour chaque exemplaire de Hokusai, chaque paysage bleu ou chaque œuvre d’un autre artiste. Pour les collectionneurs, son intérêt est de révéler la contribution de l’imprimeur à l’image finale. Une composition familière peut livrer de nouveaux détails lorsqu’on observe ses contours, ses zones imprimées et les rapports entre bleus clairs et foncés.

Le commentaire du Smithsonian sur les Trente-six vues du mont Fuji souligne également que le nouveau pigment synthétique a élargi la gamme de bleus disponible. Il relie ces nuances et valeurs aux représentations de l’eau, du ciel et de la lumière avant l’aube chez Hokusai. Le bleu pouvait devenir un élément organisateur de la composition, plutôt que la seule couleur propre d’un objet.

Aizuri-e et les images centrées sur le bleu

Aizuri-e désigne une approche de la gravure japonaise sur bois centrée sur le bleu. Il est utile de distinguer cette description de l’image d’une affirmation sur la composition chimique précise de toutes ses encres. Une composition dominée par le bleu et le nom d’un pigment répondent à deux questions différentes : quel est l’aspect de l’estampe, et quelles matières l’ont produit ?

Le commentaire du Met sur Vue des jardins d’iris à Horikiri, de Hiroshige II, datée de 1861, illustre une autre distinction. Il décrit un exemple semi-aizuri comportant de petites touches de rose, après la vogue des estampes entièrement bleues. Le musée associe ces bleus à la scène nocturne et à une sensation de fraîcheur dans un dessin pour éventail. Une image peut donc rester fortement centrée sur le bleu tout en incluant une autre couleur.

Lorsque vous employez ce terme, décrivez la répartition réelle des couleurs. Le bleu porte-t-il l’essentiel de l’image ? Y a-t-il quelques accents ailleurs ou plusieurs surfaces importantes d’autres couleurs ? Une cascade bleue dans une estampe d’acteur richement colorée constitue une organisation visuelle différente d’une image presque entièrement construite autour du bleu.

La différence avec le bokashi

Le bokashi concerne le dégradé de couleur ou de ton lors de l’impression. Le bleu de Prusse désigne une matière colorante. Aizuri-e concerne une image centrée sur le bleu. Ces termes peuvent être étudiés ensemble, mais ils ne sont pas synonymes. Décrire une transition du bleu foncé au bleu pâle ne suffit pas, par exemple, à établir quel pigment l’a produite.

Notre article consacré au bokashi explique l’impression en dégradé et ses variations entre exemplaires. Ici, la question essentielle est de préciser ce qu’affirme réellement la description de la couleur. Notez d’abord l’effet visible, puis distinguez-le de toute identification documentée des matières. Cela évite de considérer la photographie d’une zone bleue comme une analyse chimique.

Observer une estampe de la collection

L’image à la une montre une estampe d’acteur de Kunichika issue de la collection Supein Nihonto, où les zones bleues de la cascade côtoient du rouge, du violet et d’autres couleurs. Elle illustre utilement le rôle du bleu au sein d’une palette plus large. Elle n’est pas présentée ici comme une estampe aizuri-e pure, et la photographie ne permet pas d’établir la composition chimique de ses pigments.

Pour examiner une estampe japonaise ancienne, commencez par trois questions. Comment le bleu se rapporte-t-il au reste de la palette ? Quel exemplaire précis ou quelle comparaison muséale étaye la description ? Une affirmation sur ses pigments repose-t-elle sur une analyse documentée ou seulement sur son apparence ? Gardez ces réponses distinctes dans vos notes.

Une description utile peut mentionner des contours bleus, un fond dominé par le bleu ou un contraste marqué entre bleu et rouge. Une affirmation plus précise identifiant le bleu de Prusse exige ses propres éléments probants. L’étude du Met sur La Grande Vague montre leur forme possible : une œuvre identifiée, l’examen de ses matières et une explication du lien entre les observations et l’impression. Cette démarche rend les comparaisons plus précises sans utiliser une couleur comme raccourci pour déterminer l’âge, l’authenticité ou l’ordre d’impression.

Lectures connexes

Sources et lectures complémentaires

Eric

Eric Majó

PDG de SupeinNihonto, marchand et collectionneur d'art japonais ancien et d'armes japonaises anciennes, basé à Canillo, Andorre.

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